Commande web avec retrait, l'email me somme de me rendre je cite "au comptoir". Et alors là je suis ravi, car étant du sud-ouest, les comptoirs ça me connait ! On s'en est pris des pilules avec Gégé et Michmich (de son vrai nom Didier mais tout le monde l'appelait Michmich, allez savoir pourquoi) à se coller des Ricard-Suze à 8h du mat' en pariant sur des chevaux qu'on comprenait même pas pourquoi. Mais je m'égare.
Plutôt docile et pas spécialement amateur de coups fourrés, ni une ni deux (ni trois d'ailleurs), je me rends au magasin, me présente devant l'immense entrée principale qui me fait me sentir comme Trump devant sa Trump Tower, important et tout puissant.
Tout ça commence à sentir bon, je peux même sentir une légère odeur de Ricard. Sont forts chez Confo.
Mais cette sensation de puissance disparaît soudainement alors que je culbute la malheureuse barrière de sécurité qui a le mauvais goût de ne pas être automatique. Je grogne, mais en tant que défenseur des droits des femmes à mon humble petit niveau et ne souhaitant pas inscrire une quelconque agression sexuelle à mon casier de justicier, je me confonds en excuses sur fond de mansplaining en arguant que bon, quand-même, on est en 2026 (bonne année d'ailleurs) et qu'elle pourrait se mettre à la page sans quoi le tournant IA risque très certainement d'être compliqué pour elle et qu'elle sera remplacée par des agents robotiques bioniques mutagènes sans même avoir pu se battre pour sa place dans cette entrée de magasin. Je sens alors l'incompréhension et le désespoir dans son regard. Enfin, j'essaie de déchiffrer ce que sa petite LED fatiguée qui clignote me dit. Et la réalité me rattrape.. en même temps c'est vrai, on est en 2026, et c'est son droit le plus immuable que de s'identifier comme une barrière manuelle. Qui suis-je pour la juger ? Et merde, je suis un con, j'ai encore loupé une belle occasion de fermer ma gueule.
Je fais semblant de recevoir un coup de téléphone et m'éloigne en m'excusant encore. On en reste donc là, visiblement fâchés, avec en prime la culpabilité de l'avoir trop bousculée (au propre comme au figuré)
J'essaie de me reprendre et je rejoins le comptoir d'accueil, la tension est palpable, après 30mins de voiture et une agression sexuelle robotisée, je suis malgré tout à deux doigts de récupérer mon bien.
Ou peut-être plutôt trois, doigts. Car la petite pancarte "Fermé" ne me dit rien qui vaille (ni rien tout court d'ailleurs).
Une seule caisse ouverte, mince, ici aussi ils semblent être en sous-effectif. Je me mets dans la file et compte : 5 personnes devant moi. Bon, peut-être quatre doigts finalement. Une femme enceinte arrive derrière, je lui cède ma place. Bon, cinq doigts maintenant, mais la sensation d'avoir un peu rattrapé le coup de la barrière, c'est déjà ça.
Après 15mins c'est enfin à moi. Je m'annonce sans bredouiller (en même temps j'ai eu 15mins pour répéter mes 2 phrases) et commence à esquisser le sourire de celui qui vient de retomber à 2 doigts de son bien, voire un !
Grand mal m'en a pris, car on m'annonce que le fameux "comptoir" n'est pas ici mais à l'espace retraits à l'autre bout du bâtiment. Effectivement, ça se tient, ils doivent aussi avoir leur propre comptoir. En même temps rien ne ressemble plus à un comptoir qu'un autre comptoir comme disait mon pote Michmich. Me voilà donc à 6 doigts de mon bien, arf.
Je ressors en prenant soin de ne pas croiser la LED de la barrière (quel lâche), reprends mon véhicule et vais me garer à l'autre bout. Je rentre, pas de barrière, yes ! Ça m'évitera une énième connerie. Et encore mieux, 2 guichets ouverts, re-yes ! Mais un seul qui accepte les clients, je retire un yes.
Je me mets dans la file (je me répète non ?) et comme j'ai déjà bossé mon texte, je passe les 5 minutes suivantes à essayer de déchiffrer la signalétique au sol quant au respect de la discrétion du client en train d'être servi. Et là, une impression de déjà-vu. Du contemporain ? Non. Du Picasso ? (pas la bagnole, hein). Non. Ah ça y est. Ça a été posé avec autant de soin, de logique et de méthode que quand mon pote Gégé avait tenter de poser du placo dans sa barraque alors qu'il était à 3 grammes et n'avait jamais posé de placo (et qu'il s'était planté de barraque). Mais bref, je m'égare encore.
C'est enfin à moi, je m'avance, débite mes 2 phrases tel Pierre Niney (ou Robert Redford, selon la génération) et là, faille spatio-temporelle, l'employée tape littéralement 30 secondes sur son clavier. Soit elle repasse toute la commande avec mon login et mot de passe, soit elle me dénonce pour l'épisode de la barrière. Je commence à stresser et guette si je vois des giros de la BAC arriver sur le parking tout en étudiant mes options de fuite. Pour rien. Car elle m'annonce que tout est ok, de bien vouloir patienter, que quelqu'un va m'apporter ma commande.
Je suis pas parano mais.. je me mets quand-même face à l'entrée pour surveiller les giros.
Finalement un em employé arrive avec ma commande. Il m'appelle en écorchant mon nom. Je reprends gentiment,.il s'excuse, je lui réponds que ce n'est pas grave mais vérifie quand-même que ça soit pas un flic en civil. Non ça a l'air ok.
Je m'empare enfin de mon bien et remarque que les scellés plastiques de l'emballage ont été ouverts. Je le fais remarquer à Starsky (oui j'ai décidé de l'appeler comme ça, et tant pis si c'est pas votre génération) et lui demande si je peux vérifier le contenu avant de signer ma déposition, pardon, mon bon de commande. Je vois que je l'embête (pour rester poli) mais je reste solide sur mes appuis, il a écorché mon nom, il va peut-être me menotter dans quelques secondes, donc merde, j'ai quand-même le droit de vérifier que j'aurai pas à revenir demain suite à un problème lors du déballage à la maison (et devoir affronter la barrière les yeux dans la LED).
Il grogne (on dirait moi, du coup ça le rend presque amical) alors je fais vite, tout semble ok. Je signe, je sors, je rentre dans ma voiture, regarde dans le rétro si je vois pas un camion de CRS. Rien, ouf. Je démarre et m'en vais.
Je suis rincé, je décide donc d'aller au comptoir, le seul, le vrai, l'unique, celui où Gégé et Michmich m'attendent et qui sent le Ricard, pour leur raconter ma merveilleuse aventure chez Confo.
Voilà donc qui j'espère justifie ma note. Non pas que c'était pas rigolo, parce que sachez qu'au PMU j'ai fait marrer tout le monde avec mon histoire. Mais que vous en conviendrez, l'investissement et la difficulté étaient quand-même pour un truc qui les a foncièrement pas beaucoup plus fait marrer que la blague du pet en tirant sur le doigt.
Je ne recommande donc pas forcément cette expérience.
Ah et si vous vous demandez combien de temps ça a bien pu me prendre d'écrire tout ça. Réponse : à peu près autant que de trouver comment résilier sa carte Confo+ depuis mon espace client.